Underground, interprétation politique

Publié le par Ze FML

 

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Introduction

 

Kusturica montre du doigt les artifices et les illusions du système communiste dans la Yougoslavie de Tito. 

"Le langage politique est fait pour que les mensonges semblent vrais" G. Orwell.

 

L'idéologie

 

Ce que voient les prisonniers n’est qu’un spectacle d’ombres qu’ils prennent pour vrai.

L’arrivée dans la cave de Natalja, les vêtements à moitié en lambeaux fait croire à une autre réalité (la guerre continue) alors qu’il ne s’agit que d’une vaste mise en scène.

 

Blacky, en tenant la montre que lui a offert Marko dans sa main, voit apparaître l’image de Tito dessus car il a l’illusion que cette montre lui appartient et donc se croit honoré d’un statut particulier.

 

C’est l’idéologie qui le maintient dans l’ignorance.

Marko joue avec cela : "Tito a dit que tu devais rester dans la cave."

 

Croyant au mensonge de Marko (Dehors, c’est la guerre), le peuple de la cave se croit heureux. Kusturica explique en parlant de son film que "la réalité n’était pas celle qu’on leur donnait à l’est." Utiliser l’humour, la musique, mettre à l’écran l’incroyable vitalité "balkanique" (cet esprit de fête "typique" ! !), c’est pour lui, un moyen de montrer "comment les gens se sont imaginé avoir une belle vie".

 

Le mythe indique que parmi les prisonniers, un initié arrivera à sortir. Comme les autres c’est lui même qui se maintient en prison par ses passions [foi au Communisme], mais il se libère au moyen de sa pensée.

 

Dans Underground, paradoxalement c’est celui justement qui est incapable de penser (par définition), à savoir le singe Soni, qui libère les habitants de la cave.

 

Blacky exprime plusieurs fois le désir de sortir mais il ne passe pas à l’acte car il est sous l’emprise de Marco (ses passions). Soni est le seul à être libre de toute idéologie et donc à pouvoir déceler la vérité. On remarque qu’il utilise un canon pour ouvrir la brèche dans le mur.

 

L’allusion au mur de Berlin, matérialisation de l’enceinte communiste, est flagrante.

 

L’illusion est donc un état collectif et liberticide. Il y a des faiseurs d’illusion qui entretiennent un rapport politique avec les autres, et ont ainsi le pouvoir de les maintenir dans l’illusion et l’ignorance.

 

Dans les sociétés bureaucratiques d’inspiration stalinienne, c’est la caste des idéologues (Tito, Marco, ici) qui détermine non seulement ce qu’est la vérité mais aussi ce qu’est la réalité (la Science, l’Histoire, l’Art sont prolétariens).

 

Kusturica singe le titisme en mettant en dérision l’aspect quasi religieux d’une telle idéologie. Marko dit "Tito sera un saint". La liberté des gens de la cave est bafouée au sein même de leur groupe. A travers la caméra de Kusturica ils prennent l’allure d’une secte. C’est une communauté fermée sur elle même, avec une organisation interne très structurée (administration communiste).

 

Blacky apparaît comme un gourou. La bonne parole : "Putain d’enculés de fasciste" est reprise en cœur par l’ensemble des habitants de la cave.

 

La cave est une sorte de microcosme hyper hiérarchisé. Blacky, le chef, est à l’image du petit fonctionnaire bureaucrate fidèle au régime et qui jouit de privilèges. Il est lui même aux ordres de Marko qui est au ordre de Tito.

 

L’emprise idéologique est telle qu’elle permet à Marko de faire du trafic d’armes en utilisant "le travail des dupes". Le système politique communiste a des répercutions sur la vie économique. La Yougoslavie était connue pour être une plaque tournante des trafics d’armes. Une séquence, dans la partie contemporaine du film, montre un trafiquant (joué par Kusturica lui même) en train de négocié avec "des occidentaux". Underground, c’est aussi un souterrain économique.

 

La propagande

 

Kusturica utilise différents procédés pour parler de la propagande.


D’une part, il utilise des procédés cinématographiques (sur trois niveaux différents).

  • Des images d’archives (telles quelles).
  • Des images d’archives en fond avec des personnages de la fiction incrustés par trucage.
  • Le film dans le film : Kusturica filme le tournage d’un film de propagande.

 

Toute la période des années 60 (Tito adopte une politique extérieure de non alignement sur Staline) est montré dans Underground, à travers les images du tournage. Il n’y a pas de représentation du monde réel. La caméra s’arrête sur la vie dans la cave (monde qui n’existe pas) ou sur le film (qu’est ce qu’un film sinon une parfaite illusion ?).

 

Tout est faux sur le plateau : le décors, les balles…. Tout est trucage. On créé un autre monde. Le film donne l’illusion de la vérité alors qu’il n’est qu’une interprétation (les comédiens sosies incarnent les vrais personnes. Ils sont des doublures) . De plus il prétend s’appuyer sur des faits réels afin de montrer les exploits du passé (justification du régime en place). La vérité est transformée. L’information devient une propagande puisque l’Histoire est réécrite. Le scénario montre que Natalja se fait violer par Frantz le nazi, alors q’elle était sa maîtresse.

 

L’univers de faux semblants est parfait. Ironie. Blacky, qui vient juste de sortir de sa cave et qui donc croit à une autre réalité intervient (réellement : il a de vraies balles) dans le film mais pour de vrai.

 

D’autre part, il utilise des procédés scénaristiques. 

 

La séquence où Marko rend hommage à Blacky montre toute l’hypocrisie du système titiste. De manière plus générale il met en évidence la tromperie de base que suppose la mise en place d’une dictature quelle qu’elle soit : Les mensonges sont érigés en dogmes. Blacky, qu’on fait passé pour mort, devient un mythe (le héros mort pour la cause), un symbole de la Révolution.

On inaugure sa statue à la mémoire du héros du Peuple. Du même coup on créé une mémoire pour rassembler le peuple, pour qu’il se reconnaisse au travers de ces "repères".

On peut voir dans la même séquence, des enfants embrigadés (jeunesses communistes).

 

Kusturica montre que la volonté d’intervenir sur la mémoire collective est toujours là quelque soit l’époque.

"Je vais te faire sortir ton camarade Tito de la tête" dit le tortionnaire de Blacky. 

Tout les moyens sont bons, même le lavage de cerveau.

 

Partie 3 : Symbolique de la vie et de la mort

 

Publié dans Kusturica Dream

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