Sundance : top départ !

Publié le par Ze FML

festival-du-film-de-sundance.jpgLe rush du moment ne se déroule pas dans les magasins français, malgré la période de soldes, mais plutôt vers les cimes enneigées des montagnes Rocheuses. La course à la séance (pour les cinéphiles), au palmarès (pour les cinéastes) et aux bonne affaires (pour les acheteurs) se déroule du côté de la petite bourgade de Park City. Cette station de ski, situé dans l'Etat de l'Utah (Etats-Unis), 

accueille depuis aujourd'hui et jusqu'au 28 janvier prochain la seizième édition du festival de Sundance.

 

Sundance, mode d'emploi


Fondé en 1985 par Robert Redford, Sundance est avant tout et surtout LE rendez-vous annuel que tout ce que le monde du septième art américain compte d'indépendants. C'est l'événement à ne pas manquer pour tout ceux qui font, achètent ou vendent des petits films, c'est à dire ceux créés et financés hors du circuit des studios. Au fil des éditions, le festival est devenu un rendez-vous incontournable, tant les prix qu'il décerne est synonyme de qualité.

 

La seule section compétitive est réservée aux documentaires et longs métrages américains. Les films présentés dans cette catégorie sont censés représenter la crème du cinéma indépendant américain. Ils sont donc très attendus par les cinéphiles et les acheteurs, car ils peuvent révéler les talents de demain. Phénomène plutôt rare, le public français connaît déjà un des films de cette section. Il s'agit de Memento, de Christopher Nolan. Le film avait été présenté lors du dernier festival du cinéma américain de Deauville. Le potentiel de technicien de Nolan avait été remarqué, et le jury avait salué le talent de ce faiseur d'images, en lui attribuant le prix du jury.

 

Sorti ensuite dans les salles françaises, il a été très bien accueilli par la critique, et a réalisé près de 120 000 entrées lors de son exploitation plutôt confidentielle. Les titres des autres films ne vous diront peut-être pas grand-chose. Par contre, certains des heureux sélectionnés bénéficient de la présence de célébrités à leur générique. Ainsi The Believer, de Henry Bean, est interprété par Summer Phoenix (Esther Kahn) alors que Patrick Swayze et Forrest Whitaker partagent l'affiche de Green Dragon, de Timothy Linh Bui.

 

Trois autres sections se tiennent en marge de la compétition. La catégorie Premieres est réservée aux films diffusés en avant-première. Largement squattée par les films nord-américains, elle est cependant officiellement ouverte aux films internationaux. Preuve en est, elle accueille cette année Intimité, le dernier film de Patrice Chéreau (Le Reine Margot, Ceux qui m'aiment prendront le train). Rappelons qu'Intimité concourra également à l'ours d'or lors du prochain festival de Berlin, qui aura lieu du 7 au 18 février ; il sortira sur les écrans français le 28 mars prochain.

 

En revanche, la sélection World Cinema est –comme son nom l'indique- destinée à présenter aux américains un panel diversifié de la production cinématographique mondiale. Deux français ont été retenus dans cette section : La confusion des genres d'Ilan Duran-Cohen, et Nationale 7, de Jean-Pierre Sinapi. Parmi les autres films, notons la présence de l'islandais Angels of the Universe de Fridrik Thor Fridiksson, du canadien Maelström de Denis Villeneuve et du japonais Aniki mon frère, de Takeshi Kitano.


Enfin l'Amérique plurielle est à l'honneur dans la catégorie American Spectrum. Cette section, destinée à refléter le cinéma indépendant américain dans toute sa diversité, est en réalité le prolongement de la section compétitive. C'est une mine pour les découvreurs de talents !
 

 

Le gros bazar


Parallèlement au festival, Sundance est aussi un marché du film. Plus qu'un supermarché de l'indépendant, l'ambiance serait plutôt proche de celle d'une salle des ventes. Conscients qu'ils peuvent acheter à bas prix des œuvres qui créeront peut-être la surprise au box-office, les acheteurs s'arrachent les films. Fort du succès de quelques-uns des anciens primés de Sundance, ils caressent ainsi l'espoir de faire LA bonne affaire de l'année. Principaux acteurs de cette foire d'empoigne, les mini-majors, que sont Artisan Entertainment, Miramax et Fine Line, mais aussi, depuis peu, les départements Art et essai des grands studios. La firme championne des deals est Miramax : la société des frères Weinstein est réputé pour surenchérir sur les films.

 

C'est la stratégie du tout achat : on prend tout, on fait le tri ensuite, et on voit quel film a ses chances. Et là, le public de Sundance a son rôle à jouer. En effet, le festival est public, et les acheteurs voient les films en même temps qu'eux, contrairement à leur habitude de visionner les œuvres en projection privé. L'accueil du public dans la salle, puis le bouche à oreille, sont deux facteurs déterminants pour savoir le sort qui sera réservé aux films lors de leur sortie en salles. En d'autres termes, pour déterminer le budget marketing qui leur sera alloué, et sur combien d'écran ils sortiront.

 

Pour mémoire, rappelons les succès de quelques films estampillés Sundance. L'exemple le plus frappant date de 1999. C'est dans le cadre de Midnight, l'une des sélections parallèles du festival, qu'avait été montré pour la première fois Le projet Blair Witch. Une rumeur favorable autour du film s'était ensuite répandue comme une traînée de poudre, par le bouche à oreille avec un grand renfort de la communauté internaute. Le film, acheté pour environ 1 millions de dollars -une bouchée de pain- par Artisan Entertainment, avait rapporté 250 millions de dollars de recettes à travers le monde, dont 140 millions de dollars aux Etats-Unis.

 

Autre exemple de réussite, Pi de Darren Aronosfky. Grâce au prix de la mise en scène obtenu lors de l'édition 98 de Sundance, le réalisateur a vu s'ouvrir les portes du métier. Après Requiem for a dream, un film également inscrit dans la veine indépendante, il a été retenu pour réaliser Batman : Year One, le cinquième film de la franchise de l'Homme chauve-souris. D'un point de vue financier, Pi a été réalisé pour seulement 60 000 dollars, et a rapporté 3,2 millions aux Etats-Unis.

 

Esprit es-tu là ?

 

Que les indépendants se rassurent : bien qu'oscillant entre festival à la gloire du cinéma indépendant et gigantesque foire (d'empoigne), Sundance n'a pas perdu son âme. Au contraire, l'Institut Sundance, dont dépend le festival, a multiplié les actions destinées à donner un "coup de pouce" aux cinéastes indépendants. L'une des plus significatives est le programme d'aide à l'écriture, qui permet aux réalisateurs de développer leurs scénarios. Pulp Fiction, de Quentin Tarantino, avait bénéficié de ce "service"…avant de remporter la palme d'or à Cannes, en 1994. En 1996, c'est Central do Brasil, de Walter Salles, qui a remporté un prix spécial du scénario décerné à l'occasion du centenaire du cinéma. Deux ans plus tard, il a été présenté dans la catégorie World cinema… avant de remporter l'ours d'or à Berlin la même année.

 

Désireux d'être le plus fidèle possible au monde du cinéma indépendant, et donc aux mutations du cinéma indépendant, le festival se fait l'écho cette année de la vague digitale. Il a ainsi ouvert une nouvelle section, baptisée Sundance Online. Elle regroupe une sélection de films numériques, tous genres et toutes provenances confondus, qui sont présentés via internet. Selon Geoffrey Gilmore, co-directeur du  festival de Sundance, "L'institut Sundance a toujours été intéressé par les innovations dans les manières de travailler, et la dynamique induite par ce nouveau matériel [ndlr : le numérique] actuellement généré pour le web est quelque chose que nous sommes ravis de présenter."

 

Malgré les efforts de Sundance en faveur des indépendants, les détracteurs du festival pourront toujours arguer du coût prohibitif de son organisation, dans lequel tout est payant, pour les cinéphiles comme pour les professionnels, ou de son trop grand nombre de sponsors. Les rebelles et puristes pourront alors se tourner vers Slamdance, qui se déroule en parallèle, à quelques kilomètres de son grand-frère.

 

Existant depuis 1994, ce festival est quasiment le "off" de Sundance. Il se veut avant tout une alternative aux vrais films indépendants, et n'est ouvert qu'aux premières œuvres sans distributeurs. Les mauvaises langues diront qu'à l'instar de Cannes, où les cinéastes passent souvent de la Quinzaine des réalisateurs à la Sélection officielle, on verra bientôt se développer un "circuit" des indépendants : les réalisateurs feront leurs premiers pas à Slamdance, puis à Sundance.

 

Publié dans Ciné-stival

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