Qu'est-ce que le romantisme ?

Publié le par Ze FML

liberte.jpg“Il faudrait avoir perdu tout esprit de rigueur pour essayer de définir le romantisme.” disait Paul Valéry …

 

Plus qu’un mouvement artistique, le romantisme est l’état d’esprit qui a caractérisé le XIX° siècle.
Il s’est appliqué à tous les domaines, que ce soit la peinture, la littérature, l’histoire, la politique … 
Le romantisme désigne un renouvellement profond de l’époque, mais reste difficile à définir, car son essence même est de refuser les limites. Il romantisme a d’ailleurs évolué au fil du temps et des époques, en lien constant avec les mutations historiques, économiques et sociales de son temps.

 

Genèse du romantisme

 

Le mouvement romantique se constitue comme une révolution esthétique, un ébranlement des tradition classiques par opposition au classicisme. Il offre de nouveaux modes de perception et de comportement.

 

Les prémisses de ce genre nouveau fleurissent dès 1760, avec une évolution vers plus de sensibilité qui correspond au besoin d’un renouveau littéraire en réaction à la domination de la raison. Diderot se passionne pour le grandiose et le thème des ruines, qui sera repris plus tard par les romantiques. Ce renouvellement du goût développe aussi une nouvelle esthétique du sublime, une apologie du monstrueux. L’unité n’est plus à chercher dans le sujet mais dans l’enthousiasme et le débordement de vie qui le soulèvent. Rousseau s’inscrit dans la révolte sentimentaliste, et privilégie l’imagination et la sensibilité. Il développe le goût du rêve et de la vie intérieure, et revendique le privilège d’être le seul à se connaître. C’est alors l’apparition des romans du “ moi ”. Le Nouvelle Héloïse, paru en 1761, est un grand succès.

 

Cette évolution de la littérature atteindra son paroxysme vers 1840-1850, mais elle se trouvera mise en veille jusqu’en 1820. En effet, la Révolution engendrera un retour vers le modèle antique et le modèle grec, qui se traduira par l’avènement du néoclassicisme, forme hybride entre les formes classiques et un renouveau dans le choix des sujets : David peint Marat assassiné selon une construction classique, mais innove par le choix d’un sujet historique. De même, le poids des institutions –salons, académies …- a tendance à figer l’art, et les artistes auront du mal à imposer des formes nouvelles. Enfin l’émigration des élites culturelles nuira à l’avancée d’un mouvement en pleine gestation.

 

Le romantisme se développe entre 1820 et 1830, et, même si il résiste à toute définition, voit le jour au milieu d’un foisonnement d’idées politiques et esthétiques nouvelles, d’un bouleversement politique, idéologique, social, économique … Son expression littéraire va avoir lieu dès qu’elle aura pu sortit de l’exil ou de l’enfermement dans l’action de la Révolution : Senancour, Benjamin Constant, Madame de Staël, Chateaubriand, Guizot, seront les premiers romantiques. Le romantisme s’oppose au classicisme, par son refus de considérer l’Antiquité comme une éternelle référence et un modèle d’inspiration, mais aussi par son refus des règles contraignantes, par exemple la règle des trois unités au théâtre.

 

Romantisme et mal du siècle : les thématiques d’un genre

 

Le mal du siècle est caractéristique du XIX° siècle, et a cimenté tout le mouvement romantique. A la jonction des deux siècles, les évènements politiques mettent fin à la quête du bonheur, et les auteurs développent un romantisme à tonalité sombre : écartement entre le charnel et l’idéal, insatisfaction du moment présent, fuite hors des réalités et désir d’évasion hors d’un temps médiocre, désenchantement et rejet d’une vision du monde qui déçoit ses attentes. Chatterton d’Alfred de Vigny, évoque le poète incompris qui n’est pas à sa place dans ce siècle.

 

La fuite consiste aussi à se réfugier dans le souvenir et à revivre l’instant disparu : le temps est un mouvement infini et une évolution irrémédiable, une source de nostalgie que l’on essaie de surmonter par une exaltation du souvenir qu’on tentera de rejoindre par l’imagination. Cette nouvelle vision du temps comme historique est très différente de la pensée classique, selon laquelle le temps était une succession d’instant sans communication entre eux.

 

La découverte d’Herculanum et de Pompéi par les archéologues favorise chez les artistes le goût des ruines et ravive le thème du souvenir. Les artistes réhabilite les siècles gothiques et trouvent parfois dans le Moyen-âge une source d’inspiration, dans les romans de Walter Scott par exemple.

 

Le romantisme propose également une nouvelle ouverture sur l’espace. la nature est alors considérée comme un cadre en harmonie avec les sentiments, portant à la rêverie et exprimant la mélancolie. Les principales figures en sont le soir, l’automne, la nuit, le clair de lune, et les lieux à l’écart telles les forêts profondes où l’être pourra s’isoler dans un monologue et y prendre la nature à témoin de ses souffrances.

 

Cette façons de fuir le monde urbain se retrouve dans la soif d’exotisme et des voyages, qui se conjugue souvent avec une image du passé de ces lieux : Espagne, Italie, Maroc, Orient … Sand et Musset chercheront leur amour à Venise, même si la Venise des années 1830 n’est pas exactement celle du Quattrocento. Delacroix peindra de nombreuses toiles inspirées par l’Orient, comme L’entrée des croisées à Constantinople.

 

Les artistes romantiques sont également attirés par les mystères de l’au-delà, et une certaine réhabilitation du sentiment religieux en réaction au rationalisme des lumières. Cependant, cet aspect évolue très vite en dehors de toute morale chrétienne. C’est le romantisme noir, qui penche vers le morbide et le fantastique, l’intrusion de l’irrationnel dans le réel, que l’on retrouve chez Gauthier et qui verra engendrera Frankenstein de Mary Shelley en Angleterre,  mais aussi les scènes de violence et d’horreur, très présentes en peinture, comme dans les tableaux de Géricault (Le radeau de la méduse) ou de Delacroix  (Les massacres de Scio, La mort de Sadarnapale).

 

Le romantique est alors un être représentatif de son temps, et se tourne vers une exaltation du moi : certains artistes n’hésitent pas à rédiger des autobiographies, ou à insérer des éléments autobiographiques dans leurs œuvres. Musset fera les deux. D’abord il créera un personnage à son image, celui de Lorenzaccio, rôle titre de la pièce, puis il rédigera quelques années plus tard La confession d’un enfant du siècle.

 

Le mal de vivre caractérise l’homme romantique, et génère une sensibilité exacerbée et une hypertrophie du moi qui pousse le sentiment à son paroxysme et laisse libre cours à l’exaltation des passions, que le romantique vit intensément.

 

Romantisme, politique et société

 

Il n’existe pas vraiment de romantisme politique car l’esthétique et la politique reposent sur les mêmes problématiques et emploient le même langage. Aussi les deux démarches sont associées et la révolution artistique et littéraire du romantisme français s’est imposée comme une révolution politique et religieuse.

 

A ses débuts, le romantisme est favorable à la Monarchie restaurée mais celle-ci le déçoit. Les artistes découvrent alors une cohérence entre leur révolte esthétique et l’idéal de liberté. Pour Hugo et Lamartine, la littérature, la politique et la religion doivent rester liées.

 

Le romantisme évolue alors vers une forme libérale voire révolutionnaire à partir de 1830, affichant une tendance à se rebeller contre l’ordre établi : il dénonce l’injustice sociale et la bourgeoisie, bénéficiaire du changement de régime lors de l’avènement de la monarchie de Juillet. Le mouvement contribue à diffuser dans les couches populaires un esprit jusque là limité aux élites cultivées. Les artistes utilisent dans leurs œuvres les attitudes révolutionnaires : les pièces de théâtre évoquent des attentats, les barricades inspirent Hugo et Delacroix, qui racontent à sa façons les journées révolutionnaires de juillet 1830, l’un dans Les misérables, l’autre en peignant La liberté guidant le peuple.

 

Les artistes se réunissent au Cénacle, autour de Victor Hugo et de Charles Nodier, pour partager leurs idées. Ces réunions ne sont pas réservées aux seuls écrivains mais également les peintres et les musiciens réunissent aussi bien Vigny, Mérimée, Delacroix, Sainte-Beuve, Sand, Musset …

 

Cet engagement politique va jusqu’à créer l’esprit de 1848, l’utopie d’une république fraternelle. C’est l’avènement du romantisme populaire, que l’on retrouve dans les romans d’Alexandre Dumas et d’Eugène Sue. George Sand, écrivain romantique, engagée politiquement et socialement, se donne pour projet de faire lire à la classe pauvre des ouvrages composés pour elle, dans le but d’éclairer le peuple sur ses devoirs et sur ses droits. Elle transforme son idéal social en mission éducative par le biais de ses oeuvres : La mare au diable, François le Champi, La petite Fadette

 

La révolution de 1848 est bien une révolution romantique à la dimension politique et sociale. Dans toutes l’Europe a lieu le Printemps des peuples. En France, cela se traduit par la campagne des banquets, qui prône autour d’échanges d ‘idées la diffusion du socialisme et réclame la fin du régime censitaire. Suite à son interdiction, des manifestations ont lieu, et conduisent à l’abdication de Louis-Philippe. La proclamation de la Seconde République a lieu le 24 février 1848 : un gouvernement provisoire est institué, dont fait parti Lamartine. Mais la bourgeoisie rejette cette république sociale. Du 23 au 26 juin, les ouvriers animent des journées insurrectionnelles qui sont brutalement réprimées. Louis napoléon Bonaparte est élu président, avec le soutien de la bourgeoisie et des campagnes, craignant un “péril rouge”.

 

1848 aura alors marqué le point culminant d’un certain romantisme. Malheureusement, cette tentative sera un échec, et le brutal retour à la réalité engendrera de fatales désillusions, qui provoqueront le déclin du mouvement romantique. Les idéaux politiques et sociaux laisseront la place au concept de l’art pour l’art, qui n’aura d’autre centre d’intérêt que l’œuvre elle-même, sans autres préoccupations.

 

Le romantisme aura cependant marqué le siècle par une production intellectuelle très intense et la publication d’œuvres majeures et novatrices. Il aura permis l’essor du roman, la renaissance de la poésie, l’apparition de nouvelles formes théâtrales telles que le drame romantique, une évolution certes moindre de la peinture mais qui permettra de grandes innovations futures, l’intérêt pour l’archéologie et la découverte des hiéroglyphes par Champollion en 1822, le développement de la géographie par les voyages tant vantés par le mouvement, et l’apparition de nouvelles formes musicales même si celles-ci furent peu représentée en France.


Publié dans Culture & Confiture

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