Ni blanc, ni noir

Publié le par Ze FML

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Brillant étudiant de la F.A.M.U, l'Académie du cinéma de Prague, Emir Kusturica remporte en 1978 le 1er Prix du Festival du film étudiant de Karlovy-Vary avec son court-métrage de fin d'études, Guernica. Ainsi promis à une confortable carrière d'artiste officiel dans la Yougoslavie de Tito, il refuse de s'enfermer dans ce système doré, et subit la censure avec Les jeunes mariés arrivent, moyen-métrage traitant de l'inceste, qui suscite de nombreuses controverses. Suit Buffet Titanic, un téléfilm tiré d'une nouvelle du yougoslave Ivo Andric, prix Nobel de littérature; il remporte le premier prix du festival de télévision yougoslave de Portoroz.


L'Occident découvre Kusturica à Venise en 1981, où il remporte le Lion d'Or de la première oeuvre avec Te souviens-tu de Dolly Bell ?, et la Palme d'or à Cannes en 1985 avec Papa est en voyage d'affaires. Pour gérer la pression de l'après-Cannes, il se ressource dans la musique, et enregistre deux albums avec son groupe de punk-rock, No Smoking Orchestra, en attendant de trouver le projet cinématographique qui le motivera vraiment Ce sera Le temps des gitans, véritable poème filmé, où l'onirisme des images et la richesse de la réalisation font chavirer le coeur des cinéphiles … Kusturica obtient le Prix de la mise en scène à Cannes en 1989, et marque avec ce film sa véritable entrée dans le cercle très fermé des grands cinéastes de notre époque, après seulement trois long-métrages.

Dino, le héros de Dolly Bell, rêvait d'Occident... En 1989, Emir Kusturica accède au rêve américain, en rejoignant le corps professoral de la prestigieuse université de Columbia, et va réussir le tour de force d'emprunter ce mythe sans se laisser happer par le système. Cela donne Arizona Dream, Ours d'argent à Berlin en 1993, son film le plus noir, au ton indirectement marqué par la guerre qui embrase les Balkans. Sa Yougoslavie justement, il la célèbre dans son film suivant, Underground. Malgré une seconde Palme d'Or à Cannes, ce film mal compris est éclipsé par la polémique qu'il suscite dans les milieux intellectuels.


En 1996, incompris par la critique et le public, Emir Kusturica déclare abandonner le cinéma, avant de se raviser. Kusturica enchante ou dérange, mais ne laisse personne indifférent. Une construction du récit en dehors des règles établies, une galerie de personnages tous plus farfelus les uns que les autres, une fraîcheur apportée par une myriade d'acteurs amateurs, et une musique omniprésente, aux accents de ses contrées balkaniques font de son cinéma un délire proche de celui de Fellini.


Un style inclassable, où le drame côtoie sans cesse la comédie, où l'onirisme et le surréalisme ont la part belle. Un regard désespérément humain sur un monde décevant, avec le rêve et le surréalisme pour seuls refuges. 

Publié dans Kusturica Dream

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