Les Enfants du Siècle

Publié le par Ze FML

 

les-enfants-du-siecle-337733.jpgEcrivains déjà célèbres quand George Sand et Alfred de Musset se rencontrent, ils ne croient plus ni l'un ni l'autre à l'amour, et pourtant ils vont vivre une liaison déchirante qui les hantera tout au long de leur vie. 

 

Comme Hugo, Balzac et Delacroix, Musset a grandi sur les décombres de l'Empire. Comme les enfants du siècle, il porte en lui un mal-être qui ne s'éteint pas. Ni le jeu ni la débauche ne protègent du néant ce poète de 23 ans. Sand est une jeune femme libre et indépendante, qui fume la pipe et s'habille en homme. C'est aussi une femme vulnérable, rongée par le doute, déçue par la vie. Elle a décidé de devenir journaliste et écrivain. 


Tout les oppose et les attire en même temps... Contre toute attente, ils vont se séduire et s'aimer, s'éblouissant mutuellement, unissant leur génie créatif et leur talent, échangeant idées et projets. Mais leur liaison scandalisera leurs familles, leurs amis et ces salons parisiens qui font et défont les réputations. Ils vont fuir Paris pour Venise, à la recherche d'un impossible bonheur, embarqués dans l'aventure agitée du XIXe siècle romantique dont ils sont les précieux témoins.

 

Un homme et une femme


«La vie est un sommeil. L’amour en est le rêve. Et vous aurez vécu si vous avez aimé.» Alfred de Musset

 

Paris, 1830. Le peuple gronde à nouveau sa colère depuis les barricades, et met la ville à feu et à sang. Nés sur les ruines du XVIII° qui ne cessent de s’effriter, Sand et Musset se rencontrent dans un salon, lors de lectures. Lui est un poète libertin en mal de compréhension – sa dernière pièce a été très mal accueillie - ; elle vient de quitter son mari et la campagne pour retrouver son amant à Paris, et vivre de sa renommée.

 

Ecrivains célèbres, c’est d’abord leur amour de la littérature et leur frénésie d’écrire qui les rapproche. Ainsi ils collaborent à ce qui deviendra Lorenzaccio (de Musset), lisent chacun les œuvres de l’autre, les critiquent, les encouragent, et s’inspirent mutuellement. Peu à peu, la complicité se fait passion, et ces deux âmes blessées par les échecs amoureux se lancent à corps perdus dans une relation intense mais destructrice. Leur amour se cherche à Venise, lieu mythique pour les amants éternels. Mais Musset exige un amour total. Faute de voir son idéal devenir réalité, il se perd dans la débauche et les excès tant sexuels que substanciels. Le couple alterne alors séparations et retrouvailles, toujours lié par cette passion que ni les crises les plus violentes, ni la séparation finale, ni même la mort ne parviendront à détruire.

 

Comment la caméra peut-elle appréhender de tels sentiments ? La cinéaste répond tout simplement par la grâce. La réalisation est fluide, le mouvement omniprésent, et chaque élément précisément étudié. Ainsi, le film reconstitue fidèlement une époque, mais sans tomber dans les lourdeurs du genre historique. Kurys privilégie l’ambiance sur les détails :  les costumes sont rigoureusement choisis mais n’accaparent pas l’image, la lumière est étudiée mais sans tomber dans l’effet bougie. Même les références savent rester discrètes : la reconstitution du tableau de Delacroix La liberté guidant le peuple au début du film est un clin d’œil -la scène se passe pendant la Révolution de 1830- sans toutefois être trop appuyé.

 

L’air de rien, Diane Kurys dresse ainsi un portrait socio-historique du XIXème siècle très intéressant, en particulier ses allusions à l’époque romantique et sa description du milieu littéraire. Le film permet ainsi de découvrir les salons où se faisaient et se défaisaient la réputation des auteurs lors des séances de lecture, les relations des écrivains avec les éditeurs et les critiques, ainsi qu’avec les autres artistes contemporains, qu’ils soient peintres (Delacroix) ou musiciens (Chopin, Litz). Le film évoque aussi la question du statut de l’écrivain, obligé de fournir régulièrement des épreuves à son éditeur pour être rémunéré voire écrire des articles de presse, ce qui oblige Sand à travailler sans relâche pour subvenir aux besoins de ses enfants alors que Musset, rentier, peut se permettre d’attendre l’inspiration.

 

La magnifique réussite de Diane Kurys est de ne jamais avoir perdu de vue son sujet , et d’avoir su en choisir les interprètes. Car la magie du film repose presque entièrement sur le jeu de Benoît Magimel et Juliette Binoche, et seule la force de leur jeu permet de convaincre le spectateur et lui faire croire à cet amour impossible. Elle atteint son apogée lors de la scène d’amour entre Sand et Musset, montée en plans très courts et très serrés, en raccord sur le mouvement des corps et de la caméra.

 

Saluons également la justesse du ton général du film, obtenue grâce à un regard simple de la cinéaste sur les deux écrivains. En effet, si le film résolument féminin dans sa forme, il serait toutefois déplacé de lui accorder le moindre parti pris en faveur de l’un ou l’autre de ses personnages. Si Sand peut sembler victime de Musset, elle ne l’est jamais que de ses choix. Et si lui peut passer pour rustre envers elle, il n’est jamais qu’un homme peu vertueux, mais qui correspond parfaitement à l’image du romantique tourmenté et passionné mais amoureux. Kurys se contente alors de filmer deux êtres, avec leurs qualités et leurs défauts, à leur avantage ou pas, sans jamais les montrer du doigt ni les idéaliser.

 

Il est toujours plaisant de sortir d’une projection et de se dire que l’on a aimé le film. Il est plus rare mais extrêmement fascinant de constater qu’il nous a transcendé. Tel a pourtant été le cas à la vision des Enfants du siècle, un film bouleversant tant est juste sa vision de la passion amoureuse, au sens romantique du terme. A ne pas manquer.

 

 

 

Publié dans Ciné-Mind

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