Le Club Dumas

Publié le par Ze FML

51csOU0R0QL._SL500_AA300_.jpgCorso, sorte de chasseur à gages, est chargé par des collectionneurs de livres de trouver des pièces rares pour agrémenter leurs collections. Il tombe par hasard sur l’une d’elle, un original du Vin d’Anjou, chapitre du célèbre roman de Dumas, Les trois mousquetaires, écrite de la main même de l’auteur. Son précédent propriétaire, M. Telfer, est retrouvé pendu juste après avoir vendu ce manuscrit : suicide, meurtre ? Sa veuve, Liana Telfer, tient à récupérer ce document à tout prix …

 

Parallèlement, Boris Balkan se trouve en possession des neuf portes, ouvrage satanique qui valut à son auteur d’être brûlé vif sous l’Inquisition, et demande à Corso de retrouver les 2 autres exemplaires référencés de cet ouvrage, soupçonnant le sien d’être un faux.

 

Sur le chemin de ces deux enquêtes s’accumulent disparitions suspectes et personnages mystérieux … Poussé par une force inconnue et protégé par une jeune fille dont il ignore le rôle, Corso va poursuivre l’enquête et défier le danger jusqu’à découvrir les secrets que renferment ces vieux livres.

 

Véritable polar, Le Club Dumas est de ces romans qui se lisent facilement dans le train, sur la plage ou à la terrasse d’un café, tant l’intrigue prend le lecteur dans un désir de connaître la fin. Construit sous forme d’enquête, avec un objectif et des personnages bien dessinés, distillant les indices au fil des pages, ce roman est un chef-d’œuvre du suspense. On peut noter parfois quelques longueurs dans les descriptions, défaut classique du genre.

 

Se contenter de comparer Le Club Dumas à un roman policier de gare serait terriblement réducteur. D’une part, c’est oublier le style de Perez-Reverte, dans la grande tradition du roman feuilleton du XIX°. Mais c’est surtout négliger le second niveau de lecture de ce roman. Car si le genre est accessible, le sujet l’est nettement moins : l’action se passe en effet dans le milieu des collectionneurs de livres anciens, et Le Club Dumas est nettement plus intéressant pour le lecteur qui connaît la littérature et les ouvrages référencés dans le roman. Il est en effet indispensable pour profiter de l’intrigue et en utiliser les indices d’avoir lu Les Trois mousquetaires, de Dumas, car toute une partie de l’intrigue se noue autour de ce roman, de son histoire et de ses personnages.

 

Perez-Reverte utilise alors le pastiche pour rendre hommage à Alexandre Dumas à travers l’une de ses plus célèbres œuvres, et au delà de Dumas à un genre souvent méprisé dans la littérature, le roman feuilleton.

Ayant connu son essor au XIX° siècle, alors qu’il alimentait la presse au rythme d’un chapitre quotidien, le celui-ci a souvent été qualifié de genre mineur. Pourtant, son impact social a été retentissant puisqu’il a amené à une certaine forme de littérature toute une frange de la population qui n’aurait jamais eu accès au moindre écrit.

 

En effet, au XIXème siècle, la littérature se diffusait dans les cabinets de lecture, les bibliothèques, les librairies et la presse. Aussi faute d’être bourgeois et d’avoir accès aux trois premiers lieux, les ouvriers et classes modestes n’avaient accès qu’au journal, peu cher et accessible à tous (ceux qui savaient lire). Aussi Les mystères de Paris, d’Eugène Sue, ou Le comte de Monte-Cristo était une bonne approche de la lecture par une population plus large. De là est née le concept de “ littérature populaire ”, qui se décline aujourd’hui en livres de poche et en romans de gare. Dont un Perez-Reverte pourrait être le successeur. Un bien bel hommage de cet auteur, qui continue, à sa manière, à amener une certaine frange de la population à ses écrits. Et ce sans pour autant renier à une certaine exigence culturelle : Le Club Dumas parle de littérature, Le Tableau du maître flamand de peinture, …

 

Certes ses écrits naviguent entre polar et roman de cape et d’épées mais faut-il uniquement se baser sur le genre pour apprécier l’écrit ? Le succès de ses romans, tant en librairie qu’auprès des critiques, semblerait prouver le contraire.


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