L’Alchimiste

Publié le par Ze FML

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Emir Kusturica, cinéaste double “palmedoré” à Cannes, récompensé à Venise et à Berlin, s’attirant les faveurs de critiques tout en restant un cinéaste apprécié des cinéphiles… Un cinéaste hors du commun. Mais qu’est-ce qui le différencie de ses pairs au point de dresser contre lui quelques intellectuels plus intéressés par la politique que le 7° art ?

 

Le style Kusturica est inclassable. Et n’appartient à aucune école, si ce n’est celle de Chagall, le peintre, qu’il aime à citer comme référence. Kusturica fait-il du cinéma, de la peinture, de l’opéra ? Peut-être les trois à la fois … Atteint-il le mythe de l’art total ? Se pose-t-il toutes ces questions ?

 

Ce qui frappe chez Kusturica, c’est sa capacité à créer un univers qui lui est propre. Il considère chaque élément du film comme le carré d’une mosaïque, dont l’assemblage produirait l’œuvre. Difficilement divisible. Difficilement analysable. Un bloc, un tout qui forme un ensemble cohérent dont le ciment serait sûrement la musique.

 

Le style si particulier à Kusturica n’est pas apparu d’emblée, et s’est forgé au fil du temps.  C’est avec Le Temps des gitans qu’ Emir Kusturica a définitivement trouvé son ton, en optant pour la prépondérance du visuel sur le narratif, construisant ses plans comme des tableaux de Chagall. Artisan de l’image, il crée des scènes inoubliables par leur mélange d’allégorie et de poésie.

 

Qu’est ce qu’une envolée kusturicienne ?

 

C’est un moment magique, produit par une alchimie parfaite entre les différents éléments du film. Prenons la scène de la nuit de la Saint-Georges, dans Le temps des gitans : la composition particulière du cadre, le mouvement de caméra autour de Perhan, la lumière du crépuscule au bord de l’eau et les reflets des torches sur le fleuve, la scénographie des participants,, les chants des femmes … Tous ces éléments combinés permettent au spectateur de vivre un véritable moment d’émotion, qui se conjugue à l’onirisme de la scène.

 

C’est aussi la séquence du mariage dans Underground, un fil conducteur qui prend l’apparence d’un poisson volant, dans Arizona Dream; ou encore une pincée d’humour qui prend la forme d’un éléphant voleur de chaussures dans Underground, une maison qui s’envole dans le Temps des gitans

 

Quelle que soit sa forme, produite par le mélange de chaque composante du film – la composition, la musique, le texte, les personnages, le décor … - de cette alchimie naît le style inimitable et immédiatement reconnaissable d’Emir Kusturica, où le rêve côtoie sans cesse la réalité, pour transformer chaque film en poème et le rendre inoubliable.

Publié dans Kusturica Dream

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