Il était une fois un pays

Publié le par Ze FML

Belgrade, 1941.

Alors que les premières bombes allemandes tombent sur la ville, Marko et Blacky profitent de la déroute générale pour se lancer dans une vaste entreprise de magouilles en tous genres. Marko, le rusé, a très vite compris qu’un pays en guerre peut représenter une véritable mine d’or. Il cache alors dans la cave de son grand-père un groupe de réfugiés, auquel il fait fabriquer des armes et objets divers, aussitôt écoulés au marché noir. En 1943, Blacky  est blessé, et mis à l’abri dans la cave. Désormais libre de toute contrainte,  Marko n’hésite pas à le trahir en séduisant Natalja. En 1944, la paix revient, mais Marko fait croire aux habitants de la cave que la guerre se poursuit : la mystification durera ainsi plue de 15 ans …

 

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"C’est avec peine, avec tristesse et joie que nous nous souviendrons de notre pays, lorsque nous raconterons à nos enfants des histoires qui commencent comme tous les contes de fées : il était une fois un pays …"


Underground est né d’une pièce de théâtre de Dusan Kovacevic, dans laquelle un homme maintenait des compatriotes dans une cave et leur faisait travailler le textile pour son profit personnel. De ce canevas est resté l’idée de manipulation d’un homme par un autre, au départ pour une femme, puis par intérêt économique. Peu à peu, Emir Kusturica a été rattrapé par ses origines, et a transformé cette histoire en fable sur les cinquante années d’une aventure sociale, politique et humaine qui s’appelait Yougoslavie.

 

Suite à sa Palme d’Or à Cannes, le film a fait l’objet d’une vive polémique dans les milieux intellectuels français. A leur décharge, Underground est vraisemblablement un film de propagande.

Mais pas en faveur des Serbes, ni des croates, ni des bosniaques.

Underground est surtout un film en faveur de l’humanité toute entière et contre la guerre.

 

On a reproché à Kusturica de ne pas se soucier de la véracité historique.

On peut effectivement noter un certain manque d’objectivité dans le traitement des faits historiques, notamment ceux qui concernent la guerre en ex-Yougoslavie. A titre d’exemple, la Forpronu y est ridiculisée, devenant sous la caméra de Kusturica synonyme de lâcheté. C’est oublier un peu vite la vie que des hommes ont perdus dans ce conflit. Mais c’est aussi une vision que beaucoup de caricaturistes français ont fait des casques bleus.

 

Underground, c’est avant tout une prise de position très claire d’Emir Kusturica contre toutes les formes de manipulation, qu’elles soient d’hier ou d’aujourd’hui, médiatiques ou politiques. Pour Kusturica l’histoire n’est qu’un prétexte à la parabole sur la trahison et la manipulation, la puissance et la gloire, les victimes du système. Le sens de la parabole d’Underground n’est pas celui qu’y ont vu les intellectuels. Kusturica s’attaque aux politiciens de toutes bords, à ces électoralistes sans scrupules qui se compromettent dans toutes les formes du mensonge, ainsi qu’à leur principaux complices, les médias, qui disposent du pouvoir le plus fort, celui de distiller l’information à leur gré, et de maintenir le monde à l’état d’ignorance, dans un souterrain virtuel.

 

La vocation d’Underground n’était pas de faire un docu-drama sur les Balkans de 1941 à 1991, mais de raconter la vie d’un peuple, ses illusions et ses désillusions, ses joies et ses peines. Pour exprimer la vie malgré tout, Kusturica a utilisé toute la palette de son talent, créant un univers baroque peuplé de personnages aux physiques insensés, d’animaux, de caractères typiquement balkaniques jovials et fêtards, utilisant à merveille l’humour et le burlesque, accordant un rôle primordial à la musique comme symbole de vie et de mouvement dans la cave, filmant encore de magnifiques scènes oniriques comme celle célèbre du mariage de Jovan.

 

Underground est le poème d’adieu d’un homme à ce pays qu’ il a aimé, qui a disparu dans la guerre, et qu’il ne retrouvera plus. C’est un hommage au peuple yougoslave tout entier, à ses cinquante années de vie commune entre les différentes ethnies, à cette vie passée à jamais perdue par la folie des hommes.

Publié dans Kusturica Dream

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