Il était une fois...

Publié le par Ze FML

 

 

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Introduction

 

Le film commence par " Il était une fois … ". C’est la formule employée pour commencer un conte. Underground est à voir comme un conte certes, mais un conte allégorique. Nous allons développer cela tout au long du dossier.

 

1 - Une histoire qui nous est contée

 

Le film est construit comme une histoire.

On distingue trois parties, le film correspondant ainsi à un schéma classique : il y a un début, un milieu et une fin.

Chaque partie est limitée par des procédés cinématographiques clairs, qui marquent bien l’unité des séquences : Kusturica utilise même des cartons comme au temps du cinéma muet…

Il n’y a aucun flash back, les séquences sont montées dans l’ordre chronologique. 

==> Chronologie

 

2 - Des personnages allégoriques

 

Les personnages, allégoriques, donne à cette histoire la forme du conte (notamment par la trilogie). Il sont inséparables, formant à trois une unité indivisible.

 

* Blacky représente le peuple yougoslave

 

C’est un personnage jovial, combatif, endurant, courageux :

"Rien ni personne ne peux m’abattre même pas l’électricité".

Il a la tête dure. Il est la force brute, celle du prolétariat : C’est "un poseur de ligne"Preuve en est, elle résiste au coup qu’il s’inflige lui même contre les arbres. C’est une figure typique du personnage de la culture balkanique : bon vivant, buveur de vodka, mangeur de femme, héros en action…

 

Il incarne une forme de résistance… En effet, il défend ses convictions et son pays :

  • "On a bombardé ma ville"
  • "je rends des comptes à mon pays"

 

Mais…Il est également naïf. Dupé et manipulé par Marko -il se fait enfermer dans le souterrainde bonne foi-, il va devenir asservi.

Il représente la naïveté de ce peuple par rapport à l’idéologie communiste.

 

Ce personnage, ainsi que les gens de la cave incarnent la vague révolutionnaire. Ils sont ceux sans quoi la Révolution n’est pas possible.

 

On remarque que la position de Blacky évolue durant sa vie :

- Au départ, il dit n’avoir "ni Dieu, ni maître".

- Une fois dans la cave, ironie du sort ( ?), il vit justement pour ses maître – Dieu : Marco / Tito.

- A la fin de sa vie il n’a plus d’idéal : "Je défends ma propre armée" ; comme s'il se rattachait à quelque chose qui n’avait plus de sens.

On peut voir dans cette évolution de la position de Blacky une métaphore de l’absurdité de la révolution.

 

* Marko représente l’Intellingencia

 

Il dit à Blacky : "Ce dont tu as besoin c’est d’un intellectuel".

 

Il représente la fourberie politique, inconstance opportuniste. Il n’est que manipulation et mensonge (mensonge qui unit la Yougoslavie au peuple).

 

Son rapport avec Blacky, rappelle un peu celui du maître et de l’esclave de la dialectique de Hegel. Dans la dialectique, le maître ne tire sa maîtrise que du risque qu’il prend en permanence d’être destitué par la foule ou par l’un des esclaves. C’est donc du risque de sa vie qu’il impose sa vérité et sa loi à ceux qu’il a subjugué.

 

Mais dans Underground, le maître (Marko) ne prend aucun risque. L’aliénation de l’esclave est parvenue à son comble. C’est lui (Blacky) qui prend tous les risques ! (Celui de vivre sans lumière dans un séjour insalubre, celui de n’avoir droit à aucune rétribution de son labeur, celui de ne rien connaître de la réalité.)

 

* Natalja représente la Yougoslavie

 

Plus précisément, elle incarne la faiblesse de la Yougoslavie. En effet, elle subit toutes les influences selon son intérêt à court terme : Blacky, Frantz, Marco… Elle est "actrice" tout au cours de sa vie. Elle n’a aucun scrupules à jouer la même pièce devant les nazis puis devant les communistes.


Kusturica dit d’elle : "Toujours convoitée, facilement conquise, rapidement reprise et finalement soumise".

"Je suis une femme libre !" crie – t – elle, alors qu’elle est attachée au dos de Blacky. Humour…

 

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Marko et Blacky font l’Histoire, Natalja est le reflet de cette histoire.

A la fin du film Natalja et Marko sont immolés. Ne peut on pas en dégager la signification suivante ?

  • Natalja = La Nation en cendre. Le miroir qui se brise.
  • Marko = La réalité du communisme qui n’existe plus.
  • Blacky = Tout un peuple qui subsiste dans un état de folie.

 

Autour de ce noyau central indispensable à la cohérence du récit, Kusturica a placé les autres personnages plus secondaires mais non pas moins capitaux pour la richesse du conte allégorique.

  • Ivan représente la durée de vie du mensonge de Marko : Il entre dans la cave dès le début, et ne survit pas à la découverte de la vérité.
  • Jovan est débile léger. Il vit dans un monde qui n’existe pas. Il est le symbole d’un microcosme décalé.
     
  • Soni le singe représente la sagesse : celui qui observe et voit les choses. Il forme un contrepoint aux hommes. Curieusement, c’est son maître (Yovan), qu’on voit manger une banane. C’est le seul personnage qui survit au cours de l’histoire.
     
  • Bata est celui qui demande toujours qu’on lui raconte une histoire. Natalja lui fait le récit de Alice au Pays des merveilles. On peut faire remarquer que cette référence littéraire fait l’objet d’une histoire souterraine également, et au delà du miroir. Bata, le plus résistant au monde existant, puisqu’il est handicapé psychiquement réclame du merveilleux comme pour fuir la réalité qui est celle d’un monde de cruauté.

 

Partie 1.2 : un pays...

 

Publié dans Kusturica Dream

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