Glasnost sur Hollywood

Publié le par Ze FML

Plus de 50 ans après la liste noire, la Writers guild of America vient de créditer les scénaristes de 14 films, autrefois radiés des génériques.

 

La Writers Guild of America, le puissant syndicat des scénaristes américains, vient d’annoncer la modification des génériques de 14 films : elle ajoutera ainsi les noms des scénaristes non crédités parce qu’ils figuraient sur la liste noire.

 

Juste après la guerre, Hollywood a connu une période trouble durant laquelle l’industrie cinématographique s’est livrée à une véritable chasse aux sorcières. En cette période de guerre froide entre les Etats-Unis et l’URSS, il ne fait pas bon être communiste. Pour évaluer l’ampleur de la pénétration de l’idéologie rouge dans les milieux intellectuels et particulièrement cinématographiques, une commission d’enquête est nommée, dirigée par le sénateur Mac Carthy. Les auditions se succèdent alors, et la communauté hollywoodienne se déchire. Certains préfèrent rejoindre l’Europe : Charlie Chaplin, Joseph Losey ou encore Jules Dassin quittent ainsi le territoire américain. D’autres jurent leur allégeance à l’Amérique : Ronald Reagan, le future président, Walt Disney, ou encore Gary Cooper font parti de ceux-là.

 

Dans ce climat de suspicion, un petit groupe d’irréductibles résistent. Les « Dix d’Hollywood », composé de scénaristes, réalisateurs ou producteurs, tous proches ou adhérents du Parti communiste, refusent en effet de répondre aux questions de la commission. Ils invoquent pour leur défense le Premier amendement, qui garantie la liberté d’expression. Las ! Dans les années cinquante, le communisme est une affaire d’Etat.

Les Dix seront donc condamnés à des peines de prison, pour outrage. Officiellement, les dirigeants du cinéma américain annonce qu’ils n’emploient plus de personnel figurant sur la liste noire. Dans la réalité, hormis les Dix, peu d’artistes figurant sur la liste noire ont réellement perdu leur travail : Hollywood a en effet continué de faire confiance à ses talents.

 

En revanche, bon nombre d’entre eux n’ont pas été crédités aux génériques des films auxquels ils ont contribué. Bien qu’appartenant aux Dix d’Hollywood, le scénariste Dalton Trumbo, jeté en prison en 1950, restera très prolifique. En revanche, il ne recevra pas l’oscar qui lui a été décerné pour Les clameurs se sont tues, et n’apparaîtra à aucun générique des films auquel il a contribué durant cette période.

Il sera le premier artiste de la liste noire à sortir de l’anonymat, grâce à Kirk Douglas et Otto Preminger, qui l’engageront tous les deux pour écrire le scénario de deux grosses productions : Spartacus et Exodus, tous deux réalisés en 1960. La décision de la Writers Guild of America réhabilite donc en partie la travail qu’il effectua dans les années 50, puisque parmi les 14 films génériques de films modifiés lors de cette nouvelle action, la moitié ont été écrits par ce scénariste.

 

Depuis plusieurs années, Hollywood revient sur cette chasse aux sorcières. En 1991, le réalisateur Irwin Winkler réalise La Liste noire, avec Robert De Niro. Le film met en scène le réalisateur David Merrill. De retour d’un voyage en Europe, il est interrogé par la commission. Alors que son avocat lui conseille de collaborer, il refuse de dénoncer son meilleur ami, scénariste. Peu à peu, ses relations le délaisse, et il a de plus en plus de mal à travailler. Néanmoins, lorsqu’il paraît devant la commission, il ne cède pas, et donne ainsi le courage à son meilleur ami de ne pas trahir non plus. Ce film est un hommage au courage des Dix d’Hollywood, et à leur combat en faveur de la liberté d’expression.

 

La Writers Guild of America a commencé depuis plusieurs années un travail de mémoire sur cette période sombre du maccarthysme, et réhabilite régulièrement certains de ces scénaristes oubliés. Cette nouvelle action porte à 95 le nombre de génériques de films modifiés depuis qu’Hollywood a entrepris son mea culpa.

 

Publié dans Ciné-files

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