Ghost Dog, la voie du Samouraï

Publié le par Ze FML

090505010630500209.jpg"Un samouraï doit toujours rester fidèle à son maître quoi qu'il arrive" commande le Hagakure. Depuis que Louie lui a sauvé la vie, Ghost Dog, tueur à gages, se considère comme son obligé, lui vouant un respect sans faille. Alors que la mission confiée par Louie à Ghost Dog ne se passe pas exactement comme prévue, la famille mafieuse qui avait demandé ce contrat exige la suppression de Ghost Dog. Sinon Louie mourra.

 

Jarmusch fait mouche

 

Très différent des autres films sur la mafia type Scorcese ou Donnie Brasco, Ghost Dog est basé sur le principe du respect des codes d'honneur, que ce soit le code samouraï ou le code mafieux. C'est essentiellement un film très spirituel sur une certaine idée de la fidélité et de la loyauté.

 

Avec cette fiction très influencée par Le Samouraï de Jean-Pierre Melville, Jarmusch livre là son meilleur film. Très esthétique et très bien construit. Le cinéaste a gardé son style singulier, et, à l'instar de Stranger than Paradise ou Down by Law, il développe son histoire sous la forme de chapitres introduits par des extraits du Hagakure. Cette ponctuation permet à Jarmusch d'instaurer un véritable rythme, sans pour autant tomber dans les normes américaines d'un événement toutes les 7 minutes. Cette harmonie entre l'image, la gestuelle de Whitaker et la musique confèrent une harmonie atemporelle au film.

 

A cela s'ajoute une grammaire cinématographique enrichie et diversifiée, mais toujours justifiée. Par exemple, Jarmusch se sert d'une série de variation de focales pour le même plan pour filmer les déplacements de Ghost Dog, avec au passage une référence évidente à Il était une fois dans l'Ouest. Ses entraînements et certaines scènes de tueries sont filmées en surimpression, ce qui fait ressortir la grâce du geste samouraï et toute la poésie du personnage, et finalement son humanité. Ghost Dog comme Jarmusch donnent l'impression d'une maîtrise du temps et de l'espace, du corps et de l'esprit.

 

Autre élément fondamental du film, la musique, excellente. Composée par RZA, fondateur du groupe new-yorkais Wu-Tang Clan, la musique, de style rap, hip-hop, est en harmonie totale avec le montage. Elle donne un aspect aérien au film. Dans l'esthétique, on retrouve la peinture du paysage urbain propre à Jarmusch et notamment les travellings à partir de la rue comme au début de Down by Law. Les plans sont toujours en mouvements, à l'image de la ville.

 

Le thème de l'étranger, également cher au cinéaste, et de la langue étrangère est abordé sous une forme très humoristique. Isaach de Bankolé interprète un en effet le seul ami de Ghost Dog, un marchand de glace français qui ne parle pas un mot d'anglais. Les conversations entre eux sont à la fois drôles, absurdes et émouvantes, car les deux amis se comprennent instantanément malgré la barrière de la langue. Autre personnage important celui de Pearline, la petite fille qui aime lire et s'attache à Ghost Dog, cet ours des villes qu'elle sent isolé. De la même trempe que lui, elle assurera la relève pour que subsiste la Voie du Samouraï.

 

Avec de l'humour (les cartoons violents), du lyrisme (le ballet des pigeons), et de l'imagination (la chorégraphie des meurtres), Jarmusch signe un triller art et essai, reprenant les rites des tribus urbaines et le mélange popculture du hip hop avec l'art oriental. Cinématographiquement Ghost Dog est le meilleur Jarmusch. D'autant qu'il est avant tout un polar grand public dans son scénario, et devrait séduire un public bien plus large que le cercle restreint des inconditionnels de Jarmusch.

 

Publié dans Ciné-Mind

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