Débat sur la violence aux Etats-Unis

Publié le par Ze FML

rating_r.gifDepuis mi-septembre, le débat s'intensifie aux Etats-Unis sur la violence dans les films et produits culturels. La FTC vient de se déclarer incompétente.

Au pays du libéralisme, le marketing prime sur la protection des mineurs. Dans le débat sur la violence aux Etats-Unis, la Federal Trade Commission (FTC) vient en effet de se déclarer incompétente pour légiférer sur les pratiques marketing des industries culturelles, au regard du premier amendement de la constitution américaine. Pour le moment, la FTC en appelle au bon sens de l'industrie culturelle. Ce sera donc aux professionnels de la culture de s'autoréguler. Retour sur le feuilleton américain du moment : rappel des faits et éclaircissement.

L'origine du débat remonte à juin dernier. Le président Clinton avait alors demandé à la FTC de mener une enquête sur l'influence des produits culturels sur les jeunes. En effet, les Etats-Unis ont subi une hausse globale de la criminalité de 10% en un an, et la criminalité juvénile a elle augmenté de 28% sur les cinq dernières années. De plus, plusieurs événements tragiques impliquant des jeunes ont eu lieu dans le courant de l'année. Et les produits culturels ont souvent été désignés comme responsables de cette montée en puissance de la violence juvénile. Le président américain souhaitait donc une enquête approfondie sur les pratiques des industries culturelles, afin d'établir un état des lieux et de susciter une réflexion globale en faveur de la protection des mineurs.

Actuellement, les films sortant aux Etats-Unis sont visés par une commission de classement, qui attribue à chacun d'entre eux une classification restrictive ou non en fonction de son contenu. Les classements sont les suivants :

  • G signifie que le film est visible par tous les publics
  • PG signifie que le film contient des éléments qui ne sont pas destinés aux enfants
  • PG-13 indique que le film contient des éléments inappropriés pour les enfants de moins de 13 ans
  • R indique que le film contient de nombreux éléments pour un public mature, et nécessite que les enfants de moins de 17 ans soient accompagnés d'un adulte
  • NC-17 indique que le film est interdit aux moins de 17 ans

Les parents sont censés être attentifs à ce classement, avant d'autoriser ou non leurs enfants à voir les films. Ce système ne dispose en effet que d'une interdiction ferme et d'une obligation, pour les deux types de classement les plus durs (R et NC-17), et laisse donc une large autonomie aux parents. Cependant, les professionnels sont censés oeuvrer en faveur de la protection des mineurs.

Il y a deux mois, la Fédéral Trade Commission avait publié son rapport sur la violence dans les médias. Les conclusions de la FTC, rendues publiques le 13 septembre dernier, ont eu l'effet d'un coup de tonnerre. En effet, l'enquête a démontré de nombreux dysfonctionnements dans la politique envers les mineurs menée par les professionnels. Elle avait mis en lumière l'influence des pratiques marketing des studios américains, notamment par la diffusion de bandes-annonces de films interdits aux moins de 13 ans juste avant des dessins animés. Tous les vecteurs de la culture étaient dans la ligne de mire du Sénat.

Le rapport est très clair : les mineurs américains ont accès à des contenus pour adultes, et sont même souvent incités à les consommer. Par exemple, 46% des cinémas testés laissent entrer des jeunes non accompagnés d'adultes aux projections de films classés R. Pire encore, les tests marketing de films incluent aussi des enfants. A titre d'exemple, 50 enfants de 9 à 11 ans ont été interrogés sur leurs idées à propos de la suite du film Souviens-toi l'été dernier, un film d'horreur pour ados classé R : film qu'à priori, ils n'auraient pas du voir, donc pourquoi l'inclure dans des tests sur la suite ?

Ces exemples ne sont qu'une goutte d'eau dans l'océan des constats dressés par le FTC, et qui sont en totale contradiction avec le bon sens. Ceci dit il faut bien vendre les films, et les jeunes représentent une grande partie du public donc... tout système a sa logique : reste à savoir si on veut protéger les mineurs ou se faire de l'argent sur leur dos. Un tel rapport ne pouvait pas laisser les politiques indifférents. Lors de la campagne électorale, les candidats à la plus haute fonction gouvernementale ne pouvaient pas rester silencieux. Le démocrate Al Gore a d'ores et indiqué que s'il est élu, il donnera 6 mois aux industriels de la culture pour établir un nouveau code de conduite.

Sans attendre, les executives, grands décideurs des studios, ont fait amende honorable devant le Congrès américain, reconnu leurs erreurs, et apporté un projet en 12 points garantissant leur intention de proposer des produits adaptés aux mineurs, sans attirer ces derniers vers des programmes qui ne leur sont pas destinés. Ce projet est coordonné par le MPAA (Motion Picture Association of American), et consistera à :

  • donner une meilleure information aux parents, notamment sur le contenu des films, afin qu'ils puissent effectuer le meilleur choix possible sur les films que peuvent voir leurs enfants
  • vérifier que les films classés R ne sont pas promus dans les médias visibles par les mineurs
  • renforcer l'attribution du classement R
  • donner une information précise sur les raisons de l'attribution d'un classement R

Si le débat est nécessaire, en raison des débordements évoqués dans le rapport de la FTC, il semble que l'institution fédérale ne soit pas en mesure d'apporter de véritables changements. La question de sa légitimité à intervenir se pose au regard de la constitution américaine. Le premier amendement de la constitution limite en effet l'interventionnisme étatique : "Le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion, ni qui restreigne la liberté de la parole ou de la presse, ou le droit qu'a le peuple de s'assembler paisiblement et d'adresser des pétitions au gouvernement pour la réparation des torts dont il a à se plaindre"

La FTC s'est donc déclarée incompétente à demander le vote d'un texte au Congrès en l'état actuel des choses, et appelle à une autorégulation de la part de l'industrie culturelle. La FTC pourra toutefois réévaluer cette question si aucune amélioration ne survient, mais surtout si certaines limites sont dépassées.


Publié dans Studios & Marketing

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