Cookie's Fortune

Publié le par Ze FML

 

9956-b-cookie-s-fortune.jpgHolly Springs, Mississippi. Dans cette petite ville du Sud où tout le monde se connaît, il ne se passe jamais rien. La vie s’y déroule de manière bien ordonnée, selon les codes du Vieux Sud. Cookie, vieille femme excentrique, vit dans un manoir, avec Willis, son confident, qui fut le meilleur ami de son défunt mari Buck. Dans un accès de nostalgie, elle décide de rejoindre ce dernier au paradis.

 

Ses nièces Camille et Cora sont les premières sur les lieux du drame. Horrifiée par ce manquement aux bonnes manières, Camille décide de maquiller le suicide en crime et oblige sa sœur Cora, créature soumise qui passe pour une simple d’esprit, à entrer dans son jeu. Pour la police, tous les indices semblent accuser Willis : bien que persuadé de l’innocence de Willis, son compagnon de pêche, le shérif est obligé de l’arrêter. Emma, la fille de Cora,  ne peut croire que le seul être qui accordait un peu d’attention à sa grand-tante soit coupable.

 

Un cookie à croquer

 

Cookie’s fortune, au doux nom de biscuit américain, se laisse déguster avec le même bonheur que son homologue pâtissier. Pour son trentième long-métrage, Robert Altman nous livre un savant mélange entre mélodrame et comédie, renouant pour l’occasion avec sa veine sudiste. A travers la destinée d’une douzaine de personnages hauts en couleurs et tous un peu décalés, il tisse la trame d’un film savoureux, mêlant drame familial, intrigue policière et comédie, dans un parfum quelque peu désuet et le charme si particulier du Vieux Sud.

 

Holly Springs est une petite bourgade calme du Mississipi. Bâtie autour de son jardin public et peuplées de maisons datant d’avant la guerre de Sécession, elle contribue en tout point à l’ambiance romantique et vieilotte de la société du Vieux Sud, avec son image d’élégance et de culture, affichant ses bonnes manières et un mode de vie éminemment gracieux. Holly Springs se divise en deux camps : l’un qui perpétue tant bien que mal cette tradition, et l’autre qui s’en moque. Camille, la nièce de Cookie, fait partie de ces gens qui se conforment aveuglément à ces codes sociaux, et souffre d’une forme d’orgueil familial typiquement sudiste. C’est au nom de ces valeurs, dont on ne peut totalement la blâmer, qu’elle va s’efforcer de maquiller le suicide de Cookie en meurtre, afin d’éviter qu’il n’entache la réputation du clan, entraînant dans sa malversation sa sœur Cora.

 

L’autre partie d’Holly Springs vit sa vie paisiblement, entre une partie de pêche et un tour au bar, pour siroter un whisky au son d’un vieux blues. Et pour enrichir son récit, Robert Altman dresse admirablement le portrait des habitants de la ville, typiques et pourtant si décalés.  Dans cette faune de personnages originaux et si attachants, on trouve un poissonnier pas très au fait des règles d’hygiène, Cookie, vieille femme excentrique, sorte de “ mamie rock and roll ” ; Willis, son vieil ami fidèle, homme tranquille dont le péché mignon n’est que le whisky, et qui serait incapable de faire du mal à une mouche ; Camille, la nièce de Cookie, snob et férue de théâtre et sa sœur Cora, simple d’esprit sous l’emprise de sa sœur ; Emma, fille de Cora, jeune fille décalée que l’on prend pour une traînée alors qu’elle n’aspire à vivre en paix avec son soupirant Jason, jeune policier peu mature se prenant pour un véritable Rambo et ayant à cœur de faire son métier “ comme dans les films ” ; le shérif passionnée de pêche …  La fluidité de la mise en scène et la nonchalance du montage laissent aux acteurs le loisir de développer leur créativité et leur invention, enrichissant ainsi le “ thème ” particulier à chaque personnage. Et leurs destins vont se croiser et s’entrelacer avec délice sur fond d’intrigue policière autour de la mort de Cookie.

 

Mais l’originalité de ce film, outre sa reconstitution fidèle de la mentalité du Vieux Sud dans des décors typiques, c’est de ne pas se situer dans un genre précis, et de mêler admirablement mélodrame et intrigue policière sur fond de comédie. Car l’humour est ce qui confère à ce film son ton si particulier … Par exemple, le shérif est persuadé que Willis ne peut être coupable du meurtre de Cookie. Comment le sait-il ? Mais parce que c’est son compagnon de pêche ! Dès lors, c’est lui, le shérif, qui culpabilise d’avoir mis son ami en prison, et s’occupe alors de lui, en jouant avec lui au Scrabble dans la cellule qu’il laisse ouverte en permanence. Se joignent à eux pour “ faire salon ” la jeune Emma, et l’avocat, curieux personnage qui lui apporte même un luxueux repas de Pâques.

 

Finalement, le drame familial se résout, chacun retrouve sa place dans la paisible ville d’Holly Springs et au sein de la cellule familiale. Et Camille, qui avait voulu sauver l’honneur familial par le mensonge, se perd dans le dédale de ses diverses versions des faits : petite moralité américaine, qui pourrait excéder le spectateur si elle n’était aussi et surtout une belle vengeance de Cora la soumise sur sa sœur la dominante, qui la prit peut être une fois de trop pour une débile. Une belle fable qu‘aurait pu écrire monsieur de La Fontaine … 


 

Publié dans Ciné-Mind

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