Cinéma, Kosovo et Balkans

Publié le par Ze FML

L'automne des roses, premier film kosovar depuis 10 ans, vient de sortir dans les salles du Kosovo.

 

Un an après la guerre, le Kosovo se remet lentement. Timidement, la culture reparaît dans la province. Agim Sopi a remis le septième art au cœur de la vie culturelle kosovar. Sitôt la guerre terminée, il a tenu à livrer son témoignage via la pellicule, en tournant L'automne des roses.

 

Tourné en Albanie et au Kosovo, L'automne des roses met en scène Béni. Réfugié albanais kosovar en Allemagne, Béni rentre au Kosovo rejoindre les rangs de l'UCK, l'armée de libération du Kosovo. Durant les combats, sa fiancée Tina est violée, et une partie de la famille de celle-ci est assassinée. La jeune femme, humiliée, se suicidera. Premier long-métrage estampillé "kosovar" depuis plus de 10 ans, le scénario cristallise les angoisses d'un peuple, qui extériorise via le septième art les événements tragiques qu'a vécu la province. De plus, de nombreux comédiens ont joué à l'écran des scènes qu'ils ont connues lors de la guerre. Les acteurs se sont profondément investi dans le projet, heureux de pouvoir enfin joué après 10 ans de chômage technique. En effet, la suppression de l'autonomie de la province du Kosovo, décrétée par Slobodan Milosevic en 1989, a mis de fait la communauté kosovar en retrait total de la production artistique yougoslave.

 

L'autonomie retrouvé, l'art retrouve donc ses droits. Toutefois, il n'a pas été simple de mener l'aventure à son terme. Comme le dit très justement Agim Sopi, "on s'est débrouillé avec les moyens du bord". Faute de l'existence d'une industrie du cinéma, et d'aides gouvernementales, Agim Sopi a du vendre son appartement pour disposer des 100 000 marks (335 000 francs) nécessaires pour financer le film. La communauté internationale n'a pas été plus généreuse. "J'ai frappé à beaucoup de portes, à l'Union européenne, à l'ONU, mais en vain", raconte-t-il.

 

L'automne des roses est désormais visible dans les salles du Kosovo. Malheureusement, il n'est diffusé que dans les grandes villes, faute de promotion. Le manque de salles se fait d'ailleurs cruellement sentir. Selon Agim Sopi, "Ce film, c'est une goutte d'eau dans une rivière sèche. Il y a encore tant de choses à faire pour le cinéma au Kosovo". Si la volonté des artistes est intacte, le financement manque : Agim Sopi a de nombreux projets, mais plus d'appartements à vendre pour les financer.

 

Rappelons que si la Serbie est un peu mieux lotie que le Kosovo, il reste difficile de faire des films en Yougoslavie. En effet, la Serbie dispose d'une industrie cinématographique, et d'un système automatique de soutien aux films tournés sur le territoire serbe. En réalité, si l'industrie peut produire quelques films, et disposer de financements internationaux du fait même qu'elle soit structurée, l'attribution des fonds gouvernementaux dépend quant à elle du message politique des films… A titre d'exemple, Baril de poudre, de Goran Paskaljevic, n'a jamais reçu les fonds qui lui étaient promis, et n'a pu se monter financièrement que grâce à sa réputation internationale. De même, Le costume blanc, réalisé par Lazar Ristovski (le légendaire Blacky d'Underground) a disposé des fonds gouvernementaux, mais Lazar a dû vendre ses biens pour compléter le financement. Faire du cinéma dans les Balkans, quand on ne dispose pas de la reconnaissance internationale que peuvent avoir Goran Paskaljevic ou Emir Kusturica, reste bel et bien difficile.

Publié dans Ciné-files

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