Baril de Poudre (Bure Baruta)

Publié le par Ze FML

baril_de_poudre-0.jpgBelgrade, de nos jours, une nuit sans espoir comme toutes les autres nuits. Cette nuit là, les destins de gens ordinaires s’entrecroisent dans une atmosphère tendue, mêlé de violence et de désespoir  auxquels s’ajoutent une dérision et une vitalité toute balkanique.

 

Un film explosif

 

La nuit est tombée sur Belgrade. Et pas depuis le coucher du soleil, mais depuis des années. Bien sur la télévision met en lumière chaque jour les Balkans,  et le sourire aux lèvres des vilains serbes de l’armée de Milosevic qui attaquent les gentils albanais du Kosovo … Mais que savons nous de la Serbie, si ce n’est qu’elle est dirigée par un dictateur ? Que savons nous de ce peuple qui fut parmi les plus grands des Balkans ? Nous n’en voyons qu’une face, la face politico-médiatique.

 

Mais au dessus de Belgrade, c’est la nuit. C’est en tout cas ce que nous montre Goran Paskaljevic par ce film sensible et intelligent, ce cri d’amour envers son pays. Il nous montre son peuple, le vrai, celui qui survit, tendu par le climat de guerre et d’embargo. Celui qui n’a plus d’argent. Celui qui, au fil des années, a épuisé ces ressources, et n’a plus rien à vendre. Celui à qui il ne reste que deux choix : rester honnête ou se livrer aux gangsters, ceux qui tiennent le marché noir. Le film donne alors la priorité aux personnages, toujours filmés de très près, comme si ils allaient surgir de l’écran. Pour mieux témoigner. Pour mieux nous expliquer ce qui se passe. Pour mieux nous faire réagir … Le casting est d’ailleurs impressionnant, on retrouve ici tous les grands acteurs du cinéma yougoslave : tous ont tenu à participer à ce film, à véhiculer ce message.

 

Leurs destins s’entrecroisent, tous unis par une même violence, un ras le bol qui, ce soir là, les fait déborder. Pourquoi ? Les raisons sont diverses. Leur vie est rude, la situation économique déplorable. C’est parce que sa voiture est son seul bien qu’un homme s’attaque à un chauffard qui lui était rentré dedans. Mais aussi parce qu’ils ont été trompés, et se sont trompés eux mêmes : c’est las de tous ces mensonges qu’un homme tue son meilleur ami. Par désespoir, parce qu’il a perdu toute foi en l’avenir.


Les jeunes, eux, ont une autre vision des choses, moins figée, moins ancrée dans la fatalité. Dans le film, il y a une scène très forte, exemplaire, dans laquelle un jeune homme d’une vingtaine d’années, énervé par le retard du bus et le je-m’en-foutisme du chauffeur, entreprend de conduire lui même l’engin. Ce n’est pas une prise d’otages, c’est sa manière à lui de provoquer une réaction chez ses aînés, devenus fatalistes. Il ne les laissera tranquille que quand ils commenceront à se rebeller contre lui, quand il aura enfin rencontré en eux une once de réaction, comme une lueur d’espoir …

 

Ne croyez pas pourtant que le film soit moralisateur ou triste. La dérision est un instrument dans lequel les balkaniques sont maîtres, et Goran Paskaljevic n’échappe pas à la tradition. Son film est empreint d’un humour noir désopilant et intelligent, car nécessaire pour évacuer la tension.

 

Reste la question centrale.
Combien de temps la situation peut elle durer ?
Combien de temps le peuple peut il se laisser malmener ?
Un peuple peut plier, mais il ne se rend pas. Quand il voudra réagir, qui pourra le retenir ?
Un peuple a brisé le mur de Berlin. Un autre pourra faire exploser les Balkans. 
A voir pour une leçon d’histoire en direct, filmée avec tact et intelligence par un homme qui, avant tout, aime son pays.


Publié dans Ciné-Mind

Commenter cet article