De la Saint-Barthélémy à l’exil forcé ou le courage en politique.

Publié le par Ze FML

Après la présidentielle, l’actuel secrétaire général de l’UMP, Patrick Devedjian, frustré de n’avoir point obtenu de strapontin dans le  gouvernement, avait lâché cette petite phrase « ce serait bien que l’ouverture aille jusqu’aux sarkozystes ». Ce qui lui avait permis d’obtenir pour lot de consolation le conseil général des Hauts de Seine, et la présidence de l’UMP. Pas sûr que ça dure encore bien longtemps pour le second cadeau, mais ça n'est pas le sujet.


Pour ma part, je suis classée dans la Chiraquie, après avoir été permanente à l’UMP sous Juppé, puis sous Sarko, mais dans un service alors taxé d’anti-sarkozysme, le patron d’alors de l’UMP aimant bien se targuer d’être victime d’un clanisme qu’il a pourtant lui-même pratiqué à l’extrême.

Collaboratrice d’élus au sein d’une collectivité locale, j’ai, après les élections, testé le marché de l’emploi, privé comme politique, tant il est nécessaire de prendre de temps en temps la température. Un cabinet, qui travaille avec mon ex-employeur (l’UMP), a trouvé mon parcours très intéressant. Justement, un poste était à pourvoir à l’UMP. Accepterais-je d’y retourner ?


J’ai répondu le plus simplement du monde que moi, oui, étant toujours fidèle aux valeurs inscrites dans la charte de l’union, mais que je doutais tout de même fortement de leur souhait de retravailler avec moi. Le cabinet, à qui j’avais expliqué l’étendue de notre relation et particulièrement de notre rupture, m’a proposé de tenter, car en politique, les lignes bougent, les choses s’oublient parfois.


Certes, mais pas entre la Sarkozie et la Chiraquie. Le président de la République l’a démontré lui-même lors de son discours aux députés, passant plus de temps à critiquer son prédécesseur qu’à expliquer sa politique.


Nouvel épisode de ce pathétique feuilleton. Moi, la petite assistante virée pour avoir tenu bon face à la direction et au cabinet du président de l’UMP alors que l’on réclamait que je trahisse ma supérieure –ce qui, au passage, aurait constitué une faute professionnelle qu’on aurait pu ensuite me reprocher, je suis toujours blacklistée.


En effet, la réponse de la Direction des Ressources Humaines a été claire : je suis une personne formidable, très compétente, très dévouée, mais lorsque ma chef a été virée, « j’ai pris parti ». Sous entendu, contre l’UMP.


Je récuse ce point, n’ayant, dans le cadre de mes fonctions, jamais pris parti, et surtout pas contre l’UMP. J’ai simplement, à l’époque, refusé que le futur président des Jeunes Populaires, qui n’avait pas encore été élu, occupe la fonction avant d’avoir été désigné pour cela par les électeurs. Concrètement, j’ai tout simplement veillé au respect des statuts de notre association.

Ensuite, j’ai continué de militer, auprès de mon ex-chef, ce qui semble constituer un crime contre l’UMP. Pourquoi ? Parce qu’alors, en montant l’opération Halte au blocage, nous avons soutenu le Premier Ministre de l’époque, et que c’était l’ennemi Dominique de Villepin ?


Voilà, l’UMP se prétend ouverte, mais ne l’est pas jusqu’au chiraquiens Hier, comme aujourd’hui, et comme je le crains, demain. L’UMP préfère se perdre dans des guerres intestines, correspondre à l’adage de "la droite la plus bête du monde", et surtout, ne pas privilégier l’ouverture d’esprit, le dialogue, le débat…


Chiraquiens, d’ailleurs, ou prétendus tels, ayant été affublée de cette étiquette sans autre justificatif que parce que l’on me pensait anti-sarkozyste pour avoir refusé par deux fois de trahir ma patronne. Alors que je n’étais que professionnelle, une qualité que cette même direction a très honnêtement louée.


Le plus amusant dans cette histoire, c’est au regard du travail, je suis un peu victime de discrimination sur mes opinions -ce qui au passage est anticonstitutionnel car contraire à la déclaration des Droits de l'Homme, mais bon, l’objet de l’UMP étant d’être politique, je ne vais pas leur faire l’affront de saisir la Halde, ni de parler des Droits de l'Homme, le sujet qui fâche. Et pourtant. Le cabinet qui m’a proposé le poste ne vérifie absolument pas la sensibilité politique des autres candidats. Quelque part… je subis un peu une double peine.


Ceci dit, je tiens à être parfaitement transparente : j’ai candidaté uniquement pour voir où le siège en était avec moi. Tout ceci m’a permis d’avoir la confirmation de ce que les bruits de couloirs de la Boétie m’avaient fait savoir : si mon professionnalisme est loué de tous, je suis grillée à jamais (jamais étant une donnée relative mais de toutes façons forcément longue) pour avoir, dixit des cadres supérieurs du parti, « eu des couilles ».


Merci donc à la direction des ressources humaines de l’UMP d’avoir confirmé mon statut de paria pour raison politique, ainsi que la teneur de l’article de Bakchich qui a évoqué mon cas même si ce fut totalement indépendant de ma volonté, n’en étant pas la source (qui n’a d’ailleurs pas eu la politesse de me prévenir qu’elle racontait mon histoire de manière à ce que je sois identifiable, ce qui m’a valu au passage quelques coups de fil).


Qu'il est bon de nager dans les arcanes du pouvoir et de conserver sa droiture ! Oups, on va me qualifier de juppéiste… Ce qui est d’ailleurs pour moi un honneur, l’homme étant « droit dans ses bottes », intelligent, ouvert d’esprit, et doté de qualités dont je ne pourrais dresser une liste exhaustive.


D’aucuns penseront que ce billet au vitriol est haineux vis-à-vis de l’UMP. Non, il témoigne simplement de la tristesse et des désillusions d’une jeune femme qui s’était engagée après le 21 avril 2002, pleine d’illusions, pensant qu’elle pouvait contribuer à la chose publique, et qui s’est rendu compte avec l’expérience que les partis sont des mammouths incapables du moindre changement.


Ex-permanente depuis décembre 2005, et ayant eu la confirmation que je suis « cramée », comme ils disent, ma parole est désormais totalement libre. Ce qui est formidable, car je peux donc m’exprimer politiquement sur le fond, sans plus craindre de représailles : je ne peux pas être plus blacklistée que je ne le suis déjà. J’use donc de ma liberté, et il serait dommage de confondre la liberté de parole et franchise avec de la haine.


Politiquement, je reste fidèle à l’esprit de la fondation de l’UMP, et à sa charte des valeurs, mais je suis toujours très opposée à ses statuts actuels, modifiés à la demande de Sarkozy et critiqués aujourd’hui de tous, et à son verrouillage, qui constitue à mon sens, un summum d’archaïsme dans lequel se trouve en partie l’explication du rejet de la politique par une large partie de la population.


Ce passage au siège national, comme permanente et militante, et dont je garde un excellent souvenir, m’aura permis de grandir, et de comprendre qu’on peut avoir la meilleure volonté, on ne changera pas le système. Il est construit de telle sorte que les personnes droites renoncent, et à terme, les plus méritants et les meilleurs espoirs de la vie politique ont quitté le système pour 99% d’entre eux.


Ne reste alors que l’écrasante majorité des arrivistes, et de personnes neutres. Tout ce petit monde n’ayant aucun intérêt à ce que la vie politique change, les premiers pour obtenir un poste, les seconds par peur de perdre le leur. Les quelques vaillants, alors, sont chassés comme des sorcières et chez les jeunes, nous avons eu notre Saint-Barthélémy, et sommes désormais en exil, dans de lointaines contrées où le travail prime l’étiquette, loin du tumulte de la Cour.


Je suis bien d’ailleurs, dans cet exil, et ce en dépit des sollicitations à la veille « d’élections chez les jeunes » (comprendre la nomination de leur chef qui sera ratifiée par les jeunes par vote électronique, autant dire peu fiable) pour donner des conseils en tout genre, que je décline. D'ailleurs je ne connais pas, parmi mes compagnons d’infortune, de personne qui souhaite revenir aux affaires. Chacun suit son bonhomme de chemin, un hypothétique retour restant entre nous du domaine de la private joke.


Je ne nourris donc aucune rancœur vis-à-vis de l’UMP, qui ne fait que suivre ce système féodal. Je m’interroge, en revanche, sur le parti et son rôle, ainsi que sur ce qui se passera, si les politiques se coupent définitivement du peuple.


D’autres enfin penseront que je suis haineuse vis-à-vis de Nicolas Sarkozy, et que sur lui je déverse mon fiel. Eh bien non… Je n’ai rien contre lui, j’ai simplement un avis de citoyenne et de militante sur un homme politique et la politique qu’il mène, en toute liberté.


Et je ne vois pas en quoi ne pas être une godillote ou une sarkofan ferait de moi quelqu’un de haineux : de tels éléments de langage ne peuvent qu'être issus du petit guide de la manipulation des masses militantes rédigé par des apparatchiks de la pensée unique, de gauche comme de droite, tous les partis subissant ces dérives.


Sur le fond, je ne partage pas sa vision de la gestion d’un parti, et je ne partage pas certaines de ses idées, que je trouve beaucoup trop à gauche. Pour moi, l’ouverture n’a rien d’un gadget, elle lui permet de céder à ses pulsions anti-libérales. Pour ceux qui me trouvent excessive, je vous invite à lire le projet de loi de modernisation de la vie économique.


Sur la forme, je suis révoltée par son égo démesuré, qui s’est une fois de plus vérifié lorsque devant les députés, il a tancé ses prédécesseurs, Chirac bien sûr, mais également De Gaulle. Non seulement ça n’est pas du niveau d’un président, mais en plus, c’est totalement déplacé, pour un élu à la magistrature suprême qui n’obtient pas de meilleurs résultats auprès de la population.


Enfin, politiquement, et c’est bien là ce qui m’inquiète le plus pour la France : le président actuel a représenté un espoir pour beaucoup, et j’espère qu’il a pris la mesure de sa responsabilité.

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